Paris Shopping Guide

Liste et description des boutiques

Le magazine L’Étiquette vient de lancer un t-shirt imprimé listant les meilleures boutiques de Paris – probablement le premier volet d'une série "City Guide".

On s'est littéralement cassé les yeux (adieu, deux dixièmes d'acuité visuelle !) pour déchiffrer les 55 adresses inscrites en petits caractères au dos des t-shirts.

Rangez vos loupes : nous les avons toutes répertoriées pour vous, en ajoutant même, à la fin, quelques adresses qui manquaient selon nous à l'appel.

1. Nord & Puces (L'esprit Chineur)

  • Les Puces de St Ouen : Le plus grand marché d'antiquités au monde, incontournable pour le vintage et le mobilier

  • Chez Ammar : Une institution du vintage, rue Nollet

  • Stephane : Boutique vintage discrète au 65 place du Dr Félix Lobligeois, 75017 Paris

  • Guerrisol : La friperie populaire par excellence, pour chiner à petit prix dans des bacs géants

  • Mamie Blue : Une boutique rétro iconique

  • Forêt Vierge : Une petite friperie

  • Kimino : Voir notre article ici

2. Ouest & Rive Droite (Luxe, Créateurs & Vintage Pointu)

  • Good Life : l’adresse parfaite pour le style "Gentleman Driver"

  • Re-See : Le dépôt-vente de luxe

  • L’Eclaireur : Le concept-store légendaire qui a introduit l'avant-garde (Carol Christian Poell, Rick Owens) à Paris

  • Cifonelli : Le tailleur "Grande Mesure" mondialement connu pour son épaule

  • Chato Lufsen : Fondée par Christophe, un passionné d'élégance classique, la boutique est célèbre pour sa veste signature "Borès"

  • Chattanooga : plus ancien surfshop et skateshop de la capitale

  • Desert Vintage : L'antenne parisienne de la célèbre boutique américaine, proposant un vintage d'une qualité muséale (vêtements femme principalement)

  • Marc Guyot : Le tailleur au style unique, mélangeant l'élégance des années 30 et le rock'n'roll

  • Charvet : Le plus ancien chemisier du monde, place Vendôme. Le summum de l'élégance classique

3. Centre & Marais (Le Cœur de la Mode)

  • Husbands : Le renouveau du tailleur parisien, avec des coupes structurées inspirées des années 70 et de Mick Jagger

  • Son et Image : Friperie

  • Bode : La marque new-yorkaise d'Emily Bode

  • Episode : Friperie

  • Souvenir Machine : Friperie

  • Starcow : Institution du streetwear et de la culture skate à Paris depuis plus de 20 ans

  • El Paso Boots : Le spécialiste de la botte cow-boy à Paris

  • Anatomica : voir notre article ici

4. Est & Haut Marais (Hype, Streetwear & Magazines)

  • The Archivist : Une boutique vintage

  • The Next Door : Concept-store majeur proposant une sélection pointue de streetwear japonais et de designers (Undercover, Sacai)

  • Oh Lumière : Friperie

  • Thanx God I’m A V.I.P : Friperie de luxe classée par couleur

  • L’Etiquette HQ : Le quartier général du magazine de Marc Beaugé et Gauthier Borsarello (parfois ouvert pour des ventes)

  • Ramdane : Référence à Ramdane Touhami (fondateur de Buly), une boutique liée à son univers créatif

  • Casablanca : Magasin spécialisé dans les vêtements et chaussures pour hommes, femmes et enfants des années 1930 à 1970

  • The Broken Arm : Concept-store intellectuel et café, favori des fashion editors pour sa sélection (Prada, Margiela..)

  • Royal Cheese : Boutique de référence pour le workwear

  • Distance : Boutique spécialisée dans le running de style, pour courir avec allure (Ciele, Satisfy…)

  • Pretty box : boutique vintage

  • Dover Street Market : Le grand magasin créatif de Rei Kawakubo (Comme des Garçons), mêlant art et mode

  • Kiliwatch : L'immense friperie-concept store de la rue Tiquetonne, une référence depuis des décennies

  • Pointures Paris : boutique spécialisée dans les chaussures vintage des années 60 jusqu'aux années 90

  • La Botte Gardiane : Marque française traditionnelle de bottes de gardians (Camargue) dont on a déjà visité l’atelier ici

  • L.M. Rennes Vintage : Une petite friperie de quartier pointue

5. Rive Gauche & Sud (Tradition, Militaire & Chic)

  • Le Poilu : Boutique fascinante spécialisée dans les objets et vêtements de la Première Guerre mondiale et l'histoire militaire

  • Mes Chaussettes Rouges : Boutique spécialisée dans les chaussettes de luxe (ils distribuent notamment Gammarelli, le fournisseur de la Papeauté)

  • Doursoux : Surplus militaire

  • Rubirosa's : Boutique de chemises et pyjamas unisexes

  • Candice Fauchon : temple du homewear raffiné (souvent associé au style Landier)

  • Western Coporation : Boutique dédiée à l'univers américain

  • Courtot : Chemisier sur-mesure historique de la rue de Rennes

  • Beige Habilleur : boutique multimarques

  • Simon’s : Friperie

  • Bourgine (15 Rue Racine) : Marque de prêt-à-porter féminin colorée et créative.

  • Hollington : La marque du vêtement de travail "architecte", célèbre pour ses vestes multipoches confortables

  • Jinji : Boutique multimarques

  • Au Vieux Campeur : Le quartier latin lui appartient. La référence pour l'outdoor et l'équipement technique

  • Appendix : boutique vintage proposant des vêtements utilitaires

  • Les Puces de la porte de Vanves : Une brocante à ciel ouvert plus intime et authentique, idéale pour chiner des petits objets de charme et du linge ancien



Quelles boutiques on rajouterait ?

  • SuperStitch : Le temple absolu du denim à Paris, où Arthur Leclercq répare et façonne ses jeans sur des machines Union Special de légende

  • Officine Générale : La quintessence du "nouveau chic" parisien : une allure effortless signée Pierre Mahéo

  • Paraboot / Weston / Crockett & Jones / John Lobb : Les piliers incontournables du soulier, allant de l'héritage français robuste à l'aristocratie bottière anglaise

  • Swann / Suitsupply : Pour trouver un costume ou une chemise en demi-mesure

  • Camps de Luca / Atelier de Luca : L'autre géant de la Grande Mesure parisienne, une institution

  • FrenchTrotters : Boutique multimarques

  • La Blouse de Lyon : Une institution authentique dédiée au vêtement de travail traditionnel, pour dénicher le véritable "bleu" inusable

  • Merci : La destination lifestyle globale qui met en scène la mode et la maison dans un lieu spectaculaire et sans cesse renouvelé

  • Centre Commercial : Boutique multimarques par les fondateurs de Veja

  • 45 RPM (45R) : Marque japonaise

  • Le Bon Marché Rive Gauche : LE Grand Magasin des parisiens (clientèle très locale) avec une sélection assez large (de Barena à Loewe)

Sans oublier Le Minor, Valstar, Sunspel…notre liste est loin d’être exhaustive.

Voici les librairies incontournables pour parfaire ce tour d'horizon :

  • Galignani : La plus ancienne librairie anglophone de Paris, référence absolue pour les beaux livres de mode et d'art

  • Smith & Son : L'institution britannique de la rue de Rivoli, idéale pour la presse internationale et le tea time

  • OFR : Le repaire arty et brut du Marais, spécialisé dans la photographie, la mode indépendante et les fanzines

  • Junku : L'immersion totale dans la culture nippone, indispensable pour dénicher les magazines de style japonais (Popeye, Brutus)

  • Yvon Lambert : Le carrefour ultra-chic de l'art contemporain et de l'édition rare, entre galerie et librairie

Bleu de chauffe - Sac Chiloé

Note : À notre demande, Bleu de Chauffe ont accepté de nous envoyer le sac que vous allez découvrir dans cet article

Si vous habitez à Paris, vous croisez sans doute des sacs à dos tous les jours. Plus ou moins réussi. Souvent les mêmes. On a même écrit un article à ce sujet ici.

On y évoquait déjà le sac Chiloé. Alors lorsque qu’il fut possible de l’essayer, on a sauté sur l’occasion.

Il faut dire que le sac Chiloé nous plait beaucoup pour une raison assez simple : il se porte facilement pour un usage urbain. Discret, pratique, beau et robuste. On déconseillerait par contre de l’utiliser sur un costume, il finirait inévitablement par écraser les épaules de la veste et l’user prématurément. C'est un mariage souvent malheureux. Costume et sacs à dos ne font souvent pas bon ménage.

Mais dès que l'on s'éloigne du costume strict pour aller vers un vestiaire plus casual, la donne change radicalement.

C'est là que le choix de la matière devient intéressant.

Contrairement aux sacs en nylon/plastique qui font très "sport", une belle toile de coton ou un cuir font plus habillés.

C'est dans cette catégorie, que se place le modèle Chiloé.

 
 

Ici, Bleu de Chauffe a eu la bonne idée de doubler les bretelles avec du feutre de laine. Le contact est plus moelleux que le cuir mais cependant, soyons clairs sur l'utilisation : ce sac exige des vêtements assez robustes.

Le frottement des matières brutes ne pardonnera pas - à notre avis - sur des tissus fragiles. Il faut impérativement éviter les costumes fins ou les mailles délicates qui risqueraient de s'abîmer prématurément.

L'ADN est workwear, votre tenue doit l'être aussi à minima : manteau en laine épais, veste de travail ou toile denim sont de rigueur pour bien supporter le contact répété des bretelles.

Côté réglages, le système de boucles à ardillon (comme une ceinture) maintient bien la position choisie, mais le changement d'habitude est déstabilisant au début.

Si vous êtes habitués à la fluidité des sacs de randonnée modernes où l'on tire simplement une sangle pour un serrage instantané et millimétré, vous allez avoir l'impression de faire un saut dans le passé.

Ici, l'ajustement prend du temps et demande de s'arrêter. C'est le prix à payer pour ce style rétro, mais on perd indéniablement la praticité immédiate d'un sac plus technique.

 
 

Pour la toile, la marque ne prend pas de risques et se fournit chez British Millerain, la référence historique du coton ciré.

On a pu vérifier ses promesses lors d'une averse parisienne. Nous l'avons testé sous une pluie fine, une situation classique quand on se déplace à pied ou à vélo en ville.

Rien à signaler : l'effet déperlant fonctionne parfaitement. L'eau glisse sur la surface sans imprégner la fibre.

À l'ouverture, le constat est rassurant : tout le contenu, ordinateur compris, est resté parfaitement au sec.

C'est une protection efficace pour le quotidien, qui a le mérite de protéger vos affaires sans avoir recours à l'esthétique "plastique" des sacs imperméables techniques.

 
 

Le format est idéal pour une journée active. Ni trop encombrant comme un sac de randonnée, ni trop petit comme une sacoche.

L'intérieur est classique mais bien pensé. On y trouve un compartiment dédié en feutre pour l'ordinateur. Un MacBook 16 pouces y rentre parfaitement et se fait oublier.

Le reste du volume principal permet d'emporter le nécessaire du quotidien parisien : un chargeur, une gourde, un livre, et même une écharpe ou un petit pull pour les soirées plus fraîches.

L'accès de la poche intérieure zippée est facile, ce qui évite de devoir plonger la main à l'aveugle au fond du sac pour retrouver ses clés.

 
 

On aime particulièrement la métallerie en laiton brossé.

Celle en zinc ou en zamac, souvent utilisée ailleurs, nous parait souvent trop brillante et finit par mal vieillir. Elle est moins adaptée à un esprit casual et robuste.

Ici, le laiton est mat, discret.

 
 

À l'intérieur, chaque pièce est datée et signée par l'artisan l'ayant assemblée de A à Z.

Et il faut le rappeler, ce sac est toujours fait en France - Bleu de Chauffe possède d’ailleurs son propre atelier en France depuis ses débuts en 2009.

 

Quid des coutures anglaises sur les chemises ? Un problème français.

Le problème de beaucoup de gens qui écrivent sur le vêtement, c’est qu’ils ne passent que rarement de l’autre côté de la machine à coudre. Résultat : une "parole d’évangile" technique se répand, répétée en boucle sans que personne ne vienne la contredire.

C’est un problème dont se plaignait déjà le chemisier Pierre Duboin (ancien chemisier chez Lanvin) sur son blog « La vraie chemise sur mesure » il y a quelques années. Lui était un artisan connaissant bien son sujet. Et il constatait avec amertume que sur Internet se répandaient beaucoup d’idées reçues.

Le drame, c'est que les artisans ou les "sachants" écrivent rarement des blogs et publient encore moins de vidéos. Ils fabriquent, et ça s'arrête là.

Ce silence laisse le champ libre à ceux qui sont plus compétents à faire savoir qu’au savoir-faire.

On fait sans doute partie du problème, alors on ne va pas jeter la pierre. Manipulez donc les informations suivantes avec des pincettes, on est loin d’avoir la science infuse.


Prenons l’exemple des coutures anglaises. On lit partout qu'une chemise de qualité doit en comporter. Mais de quoi parle-t-on vraiment ?

Regardez cette vidéo de comparaison entre une chemise Zara et une Fendi : À 04:42, le blogueur présente la chemise dite de luxe en expliquant avec assurance qu'elle possède des « coutures anglaises sur l’intégralité du corps ».

Pourtant, il suffit de regarder l'image (cf notre capture d'écran ci-dessous) : ce que l'on voit à l'écran, ce sont des coutures rabattues. Elles arborent ces deux lignes de points parallèles typiques, semblables à l'assemblage d'un jean.

 

Est-ce vraiment une couture anglaise ?

 

L’expert a parlé si l’on en croit le premier commentaire sous la vidéo.

COUTURE ANGLAISE vs COUTURE RABATTUE

Techniquement, sur une chemise homme, on trouve plus souvent des coutures rabattues (felled seams) que des coutures anglaises (French seams).

  • La couture anglaise : On assemble d'abord les tissus envers contre envers, on recoupe les marges très finement, on retourne le tissu endroit contre endroit, et on coud une seconde fois pour enfermer la première couture à l'intérieur d'un petit tunnel de tissu.
    Résultat : il y a un petit "bourrelet" à l'intérieur. C'est très propre, mais cela crée une épaisseur qui ne repose pas à plat.

  • La couture rabattue : La couture rabattue est un assemblage où les deux marges de couture sont entrelacées de manière indissociable. Techniquement, l'une des marges de tissu est coupée plus courte que l'autre ; la marge longue est ensuite repliée sur la courte, enfermant hermétiquement le bord brut, puis est plaquée à plat contre le corps du vêtement par une surpiqûre traversant toutes les épaisseurs. Elle est extrêmement solide et plate.

Je me suis risqué à faire une couture anglaise pour illustrer mon propos.

  • Sur l’endroit on ne voit aucune couture - bon ok, elle est mal réalisée, on voit le tissu qui dépasse très légèrement au centre, cela ne devrait pas être le cas

  • Sur l’envers par contre on distingue une couture et une petite épaisseur qui dépasse.

endroit

envers

Ce n’est donc pas ce que l’on voit sur la capture écran plus haut.

Ce que l’on constate nous - et même si ce n'est pas une loi immuable - c’est que les coutures anglaises sont très majoritairement l'apanage du vestiaire féminin pour leur finesse sur les tissus légers. À l’inverse, la couture rabattue reste le standard de la chemiserie masculine pour sa robustesse et son tombé plat.

Prenons l’exemple de cette fun shirt déclinée chez Octobre Éditions (Homme) et sa marque sœur, Sézane (Femme).

Si le style est identique, l'examen des finitions révèle deux approches distinctes :

  • Sur le modèle femme, les manches et les côtés sont assemblés en coutures anglaises.

  • La version homme, elle, arbore des coutures rabattues à deux aiguilles typique de la chemiserie masculine classique.

Regardez l’emmanchure, on distingue bien un point de couture à 5 mm et mêmes le grignage du tissu

ON NE VOIT AUCUN POINT DE COUTURE

au niveau de l’emmanchure on ne disingue aucun point de couture

idem pour l’assemblage des manches, on ne distingue aucun point de couture

PAS DE POINT DE COUTURE VISIBLE

sur l’envers on voit bien la petite “epaisseur” de tissu dont on parlait avant : c’est bien une couture anglaise

Pourquoi une telle confusion autour de la couture anglaise ? Sans doute parce qu’à l’origine de la chemise classique telle qu’on la connaît, la référence c'est Londres.

Située dans le quartier de St James's à Londres, Jermyn Street abrite depuis le XVIIIe et le XIXe siècle les chemisiers les plus prestigieux au monde : Turnbull & Asser (1885), Hilditch & Key (1899), Harvie & Hudson (1949), ou encore New & Lingwood (1865). Ces maisons ont établi un standard de fabrication qui est devenu la référence absolue pour le "Gentleman" européen.  

Même les maisons françaises les plus illustres, comme Charvet (fondée en 1838 Place Vendôme), sont nées dans ce contexte d'anglomanie. Christophe Charvet, le fondateur, s'est rendu en Angleterre pour étudier les techniques de coupe et de montage avant d'ouvrir sa boutique à Paris, devenant le premier "chemisier" au sens moderne du terme en France (le mot "chemisier" lui-même est une invention du XIXe siècle, remplaçant le "lingère").

L'ADN de la chemise de luxe française est donc génétiquement anglais.

D’ailleurs dans ce chassé croisé linguistique, la couture anglaise telle que nous l’avons décrite plus haut s'appelle "French Seam" en anglais. La mode française dominait alors incontestablement le vestiaire féminin et cette finition soignée était l’un des marqueur de la haute couture parisienne.

Pour revenir à notre sujet, voici le glissement qui s'est probablement opéré :

  • La réalité technique : La chemise est montée avec une couture rabattue simple aiguille (on y revient plus tard).

  • Le raccourci symbolique : Puisque c'est la méthode de prédilection des maîtres chemisiers anglais, on appelle cela un « montage à l’anglaise ».

  • L'erreur terminologique : À force de simplification, cela finit par devenir une « couture anglaise » dans l’imaginaire collectif.

C'est cette technique spécifique (la couture rabattue single needle) que les marques françaises veulent désigner en disant "Couture Anglaise". Le terme "Couture Anglaise" devient alors le synonyme de "Couture Rabattue simple aiguille façon Jermyn Street".

À cela s’ajoute sans doute que le terme « couture rabattue » sonne un peu trop "bleu de travail" ou rappelle l'univers du jean. Pas celui de la chemise.

LES DIFFÉRENTS TYPES DE COUTURES RABATTUES

Dans l'industrie contemporaine, cette couture peut être réalisée de deux manières, distinction cruciale pour notre sujet :

  1. Montage Industriel (Double Aiguille / Twin Needle) : Une machine spéciale à bras déporté équipée d'un guide-bordeur replie les tissus et coud les deux lignes simultanément. Le point utilisé est souvent un point de chaînette (chain stitch) sur le dessous pour permettre l'élasticité et la vitesse. C'est rapide, économique, mais le point de chaînette peut se défaire entièrement si un fil casse, et la finition est moins nette, ayant tendance à gondoler (grinage) après lavage.  

  2. Montage Traditionnel (Simple Aiguille / Single Needle) : L’ouvrier réalise deux passages avec une piqueuse plate classique 1 aiguille. Il est souvent aidé dans cette tâche par un pied de couture spécial tel que le pied ourleur.
    C'est le montage dit "single-needle tailoring", beaucoup plus long et coûteux, mais offrant une couture plus fine, plus souple et aussi plus durable.

la fameuse couture anglaise que les marques françaises evoquent
exemple de montage Simple Aiguille chez budd - on distingue le pied special pour rabattre le tissu
CAPTURE ÉCRAN - How Bespoke Shirts Are Made | Factory Tour | Budd Shirtmakers | London | Kirby Allison

Comme on peut le voir dans cette vidéo sur le Musée de la Chemiserie et de l’Elégance Masculine situé à Argenton-sur-Creuse (à partir de 15min52 secondes), la machine à bras déporté (double aiguille) est une invention qui commence à équiper l'industrie textile dans les années 1950. C’est une époque où l’on cherche à augmenter les cadences. La machine double aiguille permet ainsi de coudre les côtés et les manches en un seul passage. Rapide et économique.

machine à bras déporté du Musée de la Chemiserie et de l’Elégance Masculine - CAPTURE ÉCRAN

couture rabattue 2 aiguilles - capture écran

ZOOM SUR UNE MACHINE A BRAS DÉPORTÉ PLUS RÉCENTE - on distingue bien le guide-bordeur QUI replie les tissus et coud les deux lignes simultanément
capture écran La Chemise Française

autre exemple ici pour l’industrie de masse - notez la vitesse à laquelle sont réalisées ces coutures

Comment reconnaître une couture rabattue double aiguille ? En regardant sur l’envers de la chemise. On distingue (en général) les points de chaînette caractéristiques de ce type de montage.

Exemple ici avec une chemise seersucker de chez Goodsscph faite au Portugal

endroit

envers

Quid des coutures rabattues simple aiguille ?

Cette courture est très fréquente chez les chemisiers les plus haut de gamme : Charvet, Turnbull & Asser, Hilditch & Key…Mais pas uniquement.

Exemple ici avec cette chemise Uniqlo en Oxford.

Elle n’est certes pas aussi fine que celles que vous pouvez trouver chez Charvet mais tout de même !

endroit

envers

Notez que parfois c’est l’inverse, il y a 2 lignes de coutures sur l’endroit et 1 sur l’envers. Cela ne change rien en soi.

On le voit par exemple ci-dessous sur cette chemise de chez Budd - sur l’endoit il y a 2 lignes de couture. la vidéo du montage de la chemise est visible ici. (à 22 min 44). Il en est de même pour la chemise Turnbull & Asser un peu plus bas.

CAPTURE ÉCRAN - How Bespoke Shirts Are Made | Factory Tour | Budd Shirtmakers | London | Kirby Allison

Chemise Turnbull & Asser

Vous remarquerez donc que dans le monde anglophone cette confusion autour de la couture anglaise n’existe pas. Ils utilisent le bon terme technique (Single Needle). C'est spécifiquement le marché français qui, en traduisant ce concept, a opté pour le terme "Couture Anglaise", créant une collision avec son propre vocabulaire de couture - dominé par la couture féminine.

Montage à plat vs montage en rond

Petite digression : en faisant des recherches pour cet article on est tombé sur cette vidéo ici issue de la série documentaire "Mémoire vivante industrielle et artisanale", produite par l'Université de Tours.

Il s’agit d’un témoignage de deux anciennes mécaniciennes (comprenez couturières) qui ont travaillé pendant l’âge d’or de la confection française de chemises. Elles parlent notamment de la machine à bras déporté (à 11min19 sec) mais c’est surtout la fin de la vidéo qui nous a marqué. Elles précisent que chez Charvet le montage des manches et des côtés est en coutures rabattues. Mais aussi et surtout qu’ils ferment d’abord le côté puis montent la manche en rond.

Pour les chemises grandes séries, le montage des manches et des côtés se fait d’une seule traite. (montage à plat)

Cela se voit sur l’envers de la chemise, il y a une continuité sur la chemise de chez Goods là où sur la chemise Charvet on voit que la couture s’arrête.

Chemise charvet
image initiale via fabricateurialist

chemise goods

En terme technique, on parle de montage à plat et de montage en rond.

Y’a t-il un avantage à l’un ou l’autre ?
C’est une question auquel on ne saurait pas répondre même si on a notre petite idée.

Pour ceux qui veulent creuser la question voici ici le thread Reddit qui en parle.

CONCLUSION

Pour conclure, si on lit très souvent qu’une chemise dite de qualité doit comporter des hirondelles de renfort, des coutures anglaises 8 points au cm…à notre avis le plus important dans une chemise c’est avant tout le tissu et la coupe.
Votre tissu se sera déchiré au niveau des coudes, usé au niveau des poignets et du col bien avant que la moindre couture ne vous fasse défaut. C’est d’ailleurs bien pour cette raison que certains tailleurs proposent toujours le changements des cols et poignets dans leur offre de chemises demi-mesure ou sur-mesure.

Pitti Uomo 109

Chaque année, c’est le même rituel. Alors que le tout-Florence s'agite dans la Fortezza da Basso, nous sommes des milliers à vivre le Pitti Uomo 109 par procuration, les yeux rivés sur nos écrans. On scrute, on zoome, on analyse.

Comme à mon habitude, je suis allé faire un tour sur le blog de Tatsuya Nakamura (Elements of Style). C’est là que j'ai vu une tenue qui m'a tout de suite plu : celle d'Alessandro Pirounis. C’est un look "full bleu", sans excès. Cette Barbour modèle Beaufort fonctionne très bien ici.

 

PHOTO DE TATSUYA NAKAMURA

 

Dans le même esprit, il y a deux valeurs sûres qu'on prend toujours plaisir à retrouver :

L'équipe Anglo Italian : on sait à quoi s'attendre avec Jake Grantham et son équipe, et c'est pour ça qu'on les apprécie. Ils restent fidèles à leur ligne : du bleu marine, du gris, des coupes droites et classiques. C'est reposant à regarder au milieu des tenues parfois trop chargées du salon. C'est une élégance calme et efficace.

Noboru Kakuta (alias "The Master") L'autre figure qu'on aime suivre, c'est Noboru Kakuta, un acheteur japonais. Il a une approche très personnelle du vêtement, presque toujours en ton sur ton (marine ou gris), souvent avec des souliers en daim marron. Il ne cherche pas à se faire remarquer, et c'est sans doute pour ça qu'on le remarque.

La surprise : Lorenzo Sodi : Enfin, petite nouveauté cette année à côté de ces "classiques" : on a particulièrement aimé les looks du photographe Lorenzo Sodi. C'est un sans-faute sur toute la ligne : 3 jours, 3 looks, 3 réussites. C'est une fraîcheur bienvenue qui complète parfaitement le tableau de cette édition.

Au final, ce Pitti 109 confirme que les styles les plus simples sont souvent ceux qui vieillissent le mieux.

Valstar - Visite de leur 1ère boutique parisienne

On va pas trahir de secret, on aime beaucoup Valstar.

La maison milanaise Valstar, fondée en 1911 et reconnue pour ses vêtements d’extérieur, vient d’ouvrir sa première boutique permanente à Paris. Elle se situe au 8, rue de Babylone, dans le 7ᵉ arrondissement, à proximité immédiate du Bon Marché.

Cette ouverture s’accompagne du lancement de la ligne womenswear, qui vient compléter l’offre masculine déjà connue, notamment pour ses pièces emblématiques comme le Valstarino. Cette veste, inspirée de la veste A‑1 des pilotes, est devenue un classique du vestiaire masculin, reconnue pour son style et sa simplicité.

Nous avions déjà écrit sur Valstar dans notre article de 2022 et rassemblé plusieurs contenus sur la marque ici. Cette nouvelle boutique permet aux clients parisiens de découvrir directement l’ensemble des collections et d’essayer leurs pièces sans passer par des intermédiaires et leur e-shop.

La suite en images.

Bel y Cía 1842 – L’élégance barcelonaise depuis plus de 180 ans

Fondée en 1842, Bel y Cía fait partie des adresses historiques les plus respectées de Barcelone pour l’habillement masculin. Installée sur le Passeig de Gràcia, la boutique occupe un espace qui a conservé l’essentiel de son architecture d’origine tout en demeurant un point de référence dans le paysage de la mode locale. Depuis plus de cent quatre‑vingts ans, cette boutique s’inscrit dans une continuité rare.

La réputation de Bel y Cía dépasse largement la Catalogne : elle est souvent salué pour son rôle dans la préservation et la mise en valeur du Teba Jacket, pièce emblématique de la maison et objet de véritable culte pour les amateurs de vêtements classiques. Nous avions d’ailleurs déjà évoqué Bel y Cía à ce sujet dans notre article consacré à la veste Teba ici.

La Teba Jacket, conçue à l’origine comme une veste de chasse souple et fonctionnelle, est devenue au fil du temps un classique recherché : légère, non structurée et adaptée aussi bien aux tenues décontractées qu’aux looks plus élaborés, elle illustre parfaitement l’équilibre entre élégance et fonctionnalité qui caractérise la boutique.

Bel y Cía propose également également des costumes, manteaux et accessoires réalisés dans des tissus soigneusement choisis, ainsi qu’une offre made‑to‑measure.

Passeig de Gràcia 20, Barcelone

Candiani Denim Milan

On va commencer par une confidence : la plupart des toiles de chez Candiani nous ont toujours paru peu « plates » et moins vibrantes que celles produites par les meilleurs tisserands japonais. Il faut dire que Candiani assume une autre trajectoire, plus tournée vers l’innovation et les usages contemporains.

Fondée en 1938 près de Milan, Candiani est avant tout une entreprise familiale et industrielle, longtemps reconnue pour son rôle de fournisseur de toiles auprès de nombreuses marques européennes.Pendant des décennies, ce travail est resté largement invisible pour le consommateur final.

Depuis quelques années, Candiani s’est imposée comme un acteur incontournable du denim européen, en choisissant de rendre son savoir-faire plus lisible et plus direct.

Cette volonté de s’adresser au public se concrétise à Milan depuis 2019, dans la boutique de la Piazza Mentana, que nous avons visitée. Le lieu ne fonctionne pas comme un magasin classique. Il s’agit plutôt d’un espace hybride, à mi-chemin entre atelier, showroom et point de rencontre autour du denim. Le tissu y est central, avant même la coupe ou le style.

Sur place, on retrouve un service de jean sur mesure, une sélection de toiles développées par Candiani et des projets menés en collaboration avec différents partenaires. Un atelier de réparation est également intégré à l’espace, prolongeant cette logique d’accompagnement du vêtement dans le temps.

Candiani Denim - Piazza Mentana 3

Retour de chez Saphir : Le Rituel pour Sublimer le Cordovan

Suite à notre passage chez Saphir, nous avons décidé de nous attaquer à l'entretien de nos souliers en Cordovan. Ce cuir de cheval si particulier — dense, non poreux et à la brillance vitreuse — ne demande souvent qu’un bon brossage.

Mais pour notre paire, un nettoyage s’imposait.

AVANT NETTOYAGE

AVANT NETTOYAGE

En suivant scrupuleusement le guide de nettoyage en profondeur Saphir, nous avons opté pour le duo crème rénovateur et la fameuse Crème Cordovan.

Voici comment nous avons redonné vie à ce cuir légendaire.

crème rénovateur

Crème Cordovan saphir médaille d’or

Étape 1 : La remise à zéro avec La Crème rénovateur

Comme le préconise le guide, nous avons commencé par l'application de la crème rénovateur à l'aide d'une chamoisine.

Elle va chercher la saleté en profondeur et, surtout, retirer les traces de silicones ou de résines souvent laissées par l’application d’autres produits. C'est l'étape indispensable pour "ouvrir" les pores du cuir et le laisser respirer à nouveau.

Étape 2 : La magie de la Crème Cordovan

Une fois le cuir propre et sec, place à l'étape que Saphir qualifie de "partie la plus importante" : la nutrition.

Nous avons appliqué la Crème Cordovan (Saphir Médaille d'Or). Formulée spécifiquement pour ce cuir, elle ne se contente pas de le faire briller : elle le nourrit, le recolore et renforce son imperméabilité. Le secret réside dans l'application : une noisette suffit, en massant bien les flancs et les coutures passepoilées.

Le Résultat

Après un bon lustrage à la brosse en crin pour activer les cires, le résultat est sans appel. Le cuir a retrouvé en bonne partie sa profondeur et son éclat inimitable.

Si vous hésitiez encore à entretenir vos Cordovan vous-même, lancez-vous. Avec les produits Saphir et un peu d'huile de coude, vos souliers pourront traverser quelques décennies.

Le résultat après en images.

 
 

L'Inspiration du Dimanche Soir : La Découverte de Jack Fort

En scrollant tranquillement sur X (anciennement Twitter) tout à l'heure, je suis tombé sur une mention de DieWorkwear (alias Derek Guy). En principe quand le "menswear guy" pointe quelque chose du doigt, ça vaut généralement le détour.

Il parlait d'une marque qui m'était jusqu'alors inconnue : Jack Fort.

Curieux, j'ai cliqué. Et je dois dire que je n'ai pas été déçu.

J'ai atterri sur cette page : thejackfort.com.

Origines et philosophie

Le fondateur, Kim Kyung-mo, dirige la marque depuis Séoul.

Jack Fort puise clairement dans l’héritage militaire et workwear du vestiaire masculin : comme le note la description du trunk-show organisé par The Decorum Bangkok, sa collection s’inspire du patrimoine militaire, workwear et outdoor.

Plutôt que de copier, le créateur préfère « démonter » les pièces originales (vêtements vintage) pour les reconstruire en nouveaux modèles. La marque explique qu’elle veut préserver l’âme brute de l’original tout en offrant un vêtement actualisé pour aujourd’hui. Cette approche de réinterprétation place Jack Fort dans une lignée contemporaine qui revisite le vestiaire militaire/travail, sans en dénaturer l’esprit.

Pièces emblématiques

L’Apache Jacket est sans doute la pièce la plus emblématique. Son nom évoque les hélicoptères d’attaque américains, et elle combine le patron du M-43 (veste de l’US Army des années 40) avec les poches pratiques du M-42 des aviateurs. Le tissu ripstop, inspiré des tenues de jungle du Vietnam, renforce sa durabilité, tandis que la coupe et la finition « bleach » lui donnent un style contemporain. Cette veste militaire stylisée se porte comme une pièce unique, oscillant entre authenticité vintage et modernité.

La M421 Flight Jacket est un autre blouson inspiré par l’histoire. Elle reprend le modèle US Navy M-421A des années 1940 mais simplifie la coupe pour la rendre plus épurée et confortable. Fabriquée également en coton japonais et agrémentée de son patch distinctif, elle se distingue par sa couleur claire et son caractère casual. C’est une pièce plus décontractée que l’Apache Jacket, que l’on peut porter sur un pull ou même un blazer déstructuré.

La marque offre aussi des pièces plus légères : par exemple, la chemise 940 Chambray reprend un classique de la Navy 1940. Déclinée en indigo ou gris pâle et conçue en chambray 100 % coton, elle a été raccourcie et élargie pour un porté estival. Même sur ces modèles plus simples, Jack Fort veille aux finitions (doublures renforcées, boutons corozo, etc.), ce qui témoigne de la cohérence de la gamme.

Positionnement dans le vestiaire masculin

Jack Fort reste un label de niche à diffusion internationale limitée. On le trouve chez quelques boutiques spécialisées en Asie du Sud-Est – notamment The Decorum Bangkok – mais peu ailleurs.

1000 Football Shirts : La Saga Textile du Football Décryptée par Bernard Lions

Voici une idée de cadeau de dernière minute.

Le maillot de football est devenu une pièce emblématique de la culture moderne. L'ouvrage 1000 Football Shirts signé par le célèbre journaliste de L'Équipe, Bernard Lions, s'impose comme la "Bible" absolue de cet univers. Avec plus de 1 000 illustrations couvrant 100 pays et 500 équipes, ce livre nous fait voyager des premiers tricots de laine aux futurs maillots de 2026.

Bernard Lions : le passionné qui Mouille le Maillot

Pour écrire un tel ouvrage, il fallait un expert capable de "mouiller le maillot". Bernard Lions, grand reporter ayant couvert quatre Coupes du Monde et cinq Euros, est aussi un collectionneur passionné.

Une question : Nicollin ou Ancelotti ?

Petite subtilité : selon l'édition que vous aurez entre les mains, la porte d'entrée change ! Dans la version française, c'est le légendaire Louis Nicollin, président historique de Montpellier et propriétaire d'une collection de maillots unique au monde, qui signe la préface. Pour les éditions internationales révisées, c'est "Mister" Carlo Ancelotti qui prend le relais. À vous de choisir votre préférence !

Matières : des fibres naturelles aux polymères synthétiques avancés

Au cours des premières décennies du sport, les joueurs portaient d'épais t-shirts en coton ou même en laine, souvent accompagnés de lourdes chaussures en cuir et, occasionnellement, d'élégantes casquettes en velours. Ces matières étaient peu pratiques : par temps de pluie, le coton absorbait l'humidité, augmentant considérablement le poids du vêtement et entravant la performance athlétique. Un maillot en laine ou en coton mouillé pouvait peser plusieurs kilogrammes à la fin d'un match, entraînant une fatigue rapide.

Le passage aux matières synthétiques a commencé à s'imposer au milieu du XXe siècle avec l'émergence du nylon. À la fin des années 1990, la transition vers les fibres entièrement synthétiques était achevée, marquant le début d'une ère où les vêtements sont conçus pour des propriétés aérodynamiques et thermiques spécifiques. Les tenues modernes sont presque exclusivement fabriquées en polyester, en nylon ou en mélanges sophistiqués conçus pour optimiser la respirabilité.

Les dernières technologies : chez Nike, le Dri-FIT ADV s’appuie sur une cartographie thermique du corps pour placer des zones de respirabilité très précises là où la transpiration est la plus importante, notamment dans le dos et sous les aisselles. Adidas mise sur le HEAT.RDY, conçu pour favoriser la circulation de l’air et maintenir le joueur au frais, souvent grâce à des tissus micro-perforés ou texturés. Puma, de son côté, utilise l’ULTRAWEAVE, un textile extrêmement fin et extensible, pensé pour réduire le poids au minimum et offrir une liberté de mouvement totale.

Reste enfin la question de la durabilité face à la performance.

La Distinction Technique : Versions "Player" vs "Replica"

On observe aujourd’hui une distinction claire sur le marché entre les versions dites « player » et « replica ». Elle permet aux amateurs de choisir entre des modèles fidèles à ceux portés sur le terrain et des versions plus robustes, adaptées à un usage quotidien.

Le maillot Authentic (player) est une pièce très technique, parfois conçue pour un usage limité à quelques matchs. Les logos thermocollés sont plus fragiles et nécessitent des précautions particulières, comme un lavage à froid et idéalement à la main. Le maillot Replica, lui, s’impose comme le choix le plus pratique pour le supporter : son tissu est légèrement plus épais, mais bien plus résistant à l’usure du temps et aux lavages fréquents.

Ce que nous disent les couleurs : Pourquoi l'Italie joue-t-elle en Bleu?

Bernard Lions nous rappelle que les couleurs ne sont jamais choisies par hasard. Elles racontent des histoires de dynasties, de navires et même de traumatismes nationaux.

  • Le Bleu Azzurro : Si l'Italie joue en Azzurro et non aux couleurs de son drapeau, c'est pour rendre hommage à la Maison de Savoie, la dynastie royale qui a unifié le pays.

  • Le Jaune "Porte-Bonheur" du Brésil : Avant 1950, le Brésil jouait en blanc. Mais après la défaite tragique au Maracanã contre l'Uruguay, le blanc a été banni car jugé "maudit". Le jaune est devenu la couleur de la victoire.

  • Le Pari de Boca Juniors : Le club argentin doit son bleu et jaune au premier navire entré dans le port de Buenos Aires après un pari entre ses membres. C'était un bateau suédois.

PSG : Le "Style à la Parisienne"

Le Paris Saint-Germain occupe une place de choix dans l'analyse de Lions. C'est l'exemple parfait du club qui a transformé son maillot en icône de mode internationale.

  1. Le Code Hechter : Créé en 1973 par le couturier Daniel Hechter, ce design bleu-blanc-rouge-blanc-bleu (B-B-R-B-B) est inspiré des codes du luxe et du style de l'Ajax Amsterdam. Il reste le symbole sacré pour les supporters.

  2. L'Incursion dans le Luxe : Le maillot marron de 2006, surnommé le maillot "Vuitton" à cause de ses motifs style fleur de lys évoquant le maroquinier, a d'abord été critiqué avant de devenir une pièce ultra-recherchée par les collectionneurs.

  3. L'Effet Jordan : En 2018, le PSG a brisé les codes en remplaçant la virgule de Nike par le "Jumpman" de Jordan. Résultat ? Le maillot de foot est devenu une pièce de streetwear incontournable de Tokyo à New York.

"Blokecore" : Quand le Maillot de Foot envahit les Défilés

En 2024 et 2025, une tendance nommée "Blokecore" domine les réseaux sociaux. Elle consiste à porter des maillots vintage avec des jeans et des baskets rétro (comme les Adidas Samba). Ce mouvement transforme les archives de Bernard Lions en un catalogue de mode.

Le Musée des Horreurs et des Curiosités

Tout n'est pas toujours de bon goût dans l'histoire du foot. Lions répertorie aussi les maillots les plus "déjantés" :

  • Le maillot Brocoli : En Espagne, l'équipe de La Hoya Lorca a joué avec un imprimé... de brocolis.

  • L'effet Musculaire : Le CD Palencia a proposé un maillot reproduisant l'anatomie des muscles humains, pour montrer que les joueurs "donnent leur peau".

  • L'illusion Swastika : La Fiorentina a dû retirer un maillot en 1992 car ses motifs géométriques créaient une illusion d'optique malheureuse rappelant des croix gammées.

Où le trouver ?

Sur Amazon par exemple, ici.

Les Sandales des Moines de Sainte-Marie de la Garde (Lot-et-Garonne)

Je sais ce que vous allez dire. On est en plein hiver, il fait 4 degrés, et le ciel de Paris est gris. Ce n'est absolument pas le moment de penser à ses orteils. Et pourtant...

L'autre soir, je suis tombé dans un de ces fameux "rabbit holes" d'Internet. Vous connaissez le principe : on cherche une info, on clique sur un lien, puis un autre, et deux heures plus tard, on a 15 onglets ouverts et on ne sait plus du tout comment on est arrivé là. J'ai totalement oublié l'origine de ma recherche, mais je suis ressorti de cette apnée numérique avec un nom : l'atelier de sandales de l'Abbaye Sainte-Marie de la Garde.

C'est la pièce manquante parfaite pour compléter notre dossier sur les meilleures sandales d'été. Sauf que là, on touche à quelque chose d’un peu différent.

Ora et Labora : Le savoir-faire caché

Dans le Lot-et-Garonne, une petite communauté de 17 moines fabrique ces sandales à la main, entre deux offices religieux. Mais attention, ils ne se sont pas improvisés cordonniers du jour au lendemain.

Dès le lancement de l'atelier en 2003, ils ont été accompagnés et formés par des professionnels d'une très grande marque française de chaussures. Si le nom de cette maison reste discret, le résultat, lui nous semble bon.

Il faut environ 1h30 à l'équipe de trois frères pour confectionner une paire de sandales complète. Une "bonne journée" à l'atelier, c'est 10 paires produites. Pas une de plus.

Au total, seules 1 500 paires sortent de l'atelier chaque année. C'est infime mais ce chiffre est un plafond volontaire. Comme le précise un reportage, "pas question pour autant d'en faire une production à grande échelle qui contrarierait leurs vœux pieux". La priorité reste la vie contemplative. L'atelier refuse d'ailleurs certaines commandes pour ne pas se laisser submerger.

Le "Japanese Approved" (Et on n'est pas étonnés)

Au fil de mes quelques lectures, j'ai découvert un détail qui ne trompe pas sur le potentiel "style" de ces sandales : elles font un carton au Japon.

L'atelier a même dû adapter certains gabarits pour le marché nippon. Honnêtement ? On n'est pas étonnés. Avec leurs lignes simples, la fabrication artisanale en petite séries ou encore un cuir tannage végétal qui se patine, difficile de ne pas être séduit.

Pourquoi c’est un "Indispensable" ?

Pourquoi ces sandales nous plaisent :

  • Le Cuir : ils utilisent cuir pleine fleur français au tannage végétal du sud-ouest de la France (Arnal ?). Même si on a une préférence pour le coloris noir, on aime aussi l’idée que coloris naturel va prendre une teinte cognac sublime avec le soleil.

  • L’Anecdote de la Semelle : Au début, les moines utilisaient des semelles lisses... et glissaient lorsqu'ils devaient rejoindre leurs places (les stalles) dans l'église ou le réfectoire ! Résultat : ils ont intégré une semelle en caoutchouc antidérapante. Vous pouvez courir après votre métro ou marcher sur les pavés humides, en principe ça tient à peu près la route.

  • Le Prix : comptez entre 80 € et 110 €. Les bénéfices servent directement à entretenir leur abbaye.

Où les trouver ?

C'est l'anti-tendance qui devient, de fait, indémodable.

Les canaux pour se les procurer :

  • La Boutique de l'Abbaye du Barroux (le canal le plus direct).

  • Des distributeurs sélectifs comme Divine Box.

  • Ou directement au monastère près d'Agen, si vous êtes de passage.

Cleo : une boutique irlandaise de tricots à connaître

Fondée en 1936 par Kit Ryan, Cleo est établie au 18 Kildare Street à Dublin. Toujours dirigée par la famille fondatrice, aujourd'hui représentée par la troisième génération, la boutique est spécialisée dans la confection et la vente de vêtements irlandais traditionnels, avec une expertise particulière pour les tricots d'Aran et les ceintures tissées (crios).

Ci-dessous des exemples de pulls aran tricotés à la main et vendus par Cleo (environ 500€) :

L'histoire de cette boutique est documentée dans l'ouvrage Cleo: Irish Clothes in a Wilder World. Il témoigne d'un modèle économique centré sur l'artisanat et la production locale. Cette approche a permis à l'enseigne de fidéliser une clientèle internationale et d'attirer l'attention de figures culturelles variées, des écrivains irlandais du XXe siècle aux créateurs de mode étrangers.

 
 

L'ouvrage met en lumière ce positionnement singulier de Cleo. Alors que l'industrie textile mondiale s'automatisait, la boutique a fait le choix radical de conserver une esthétique brute et une production manuelle. Ce refus de l'industrialisation a sans doute permis à l'entreprise de survivre, notamment lorsque le commerce local dublinois souffrait.

Ce succès s'explique aussi en partie par une connexion forte avec les États-Unis, entretenue par des ventes par correspondance via le catalogue J. Peterman. Une anecdote citée dans le livre illustre cette audace : lors du choc pétrolier de 1973, alors que le tourisme s'effondrait, la boutique a publié une publicité dans le New Yorker avec le slogan : « Keep warm during The Crisis in Organic Handknits » (Restez au chaud pendant la crise avec des tricots bio faits main).

Une pratique sociale et féminine réhabilitée

Le livre replace aussi le tricot dans son contexte historique irlandais. Compétence traditionnelle ayant survécu à la Grande Famine, le tricot est décrit comme une activité pragmatique intrinsèquement liée aux femmes. Contrairement aux machines ou aux travaux agricoles lourds, il permettait de surveiller les enfants (« child rearing ») et pouvait être interrompu instantanément sans danger en cas d'urgence domestique.

L'auteur souligne la volonté de Kitty Joyce, la propriétaire, de réhabiliter ce savoir-faire souvent dénigré ou considéré comme machinal. Pour Cleo, les tricoteuses ne sont pas de simples fournisseurs, mais des « créatrices douées » (« gifted makers »), et le tricot n'est pas un souvenir nostalgique, mais de l'« Art à porter » (« Wearable Art »).

La technicité du vêtement

Un point important de l'ouvrage est la comparaison technique entre le tricot main et la production industrielle.

  • Le tricot industriel : Bien qu'il utilise l'image marketing de la « chaleur irlandaise », il est critiqué pour son manque de « personnalité » et d'efficacité thermique. La marque met en garde contre les laines trop douces qui se déforment rapidement (« loose shape »).

  • Le tricot Cleo tricoté à la main : Il est présenté comme une pièce d'architecture dense, conçue avec de la laine irlandaise riche en lanoline et des points complexes. Sa durabilité est sa signature : il est conçu pour conserver sa forme et sa chaleur pendant des décennies.

Si la boutique était ancrée dans la tradition, elle attirait l'avant-garde. Le livre relate l'épisode où André Courrèges, futuriste par excellence, s'est arrêté devant la vitrine de Cleo. Il fut captivé non pas par les coupes, mais par les couleurs : les teintures naturelles (fuchsias, violets, verts mousse) possédaient une vibration organique que la chimie moderne de l'époque ne parvenait pas à imiter.

Autre preuve de ce rayonnement international : le livre mentionne une photo de Steven Spielberg, immortalisé par Richard Avedon, portant un pull Cleo.

 
 

Enfin, l'ouvrage documente le sauvetage des ceintures Crios. Ces longues ceintures tissées aux motifs géométriques colorés, originaires des îles d'Aran, servaient initialement aux hommes pour tenir leurs pantalons de tweed sans passants. Cleo les a réintroduites comme des pièces maîtresses, apportant une touche de couleur vive sur des tenues souvent sobres

 
 

Le livre montre aussi les dessous de la relation client : on y découvre des croquis griffonnés à la main par des clientes américaines, demandant des tenues de ski sur-mesure très précises. Qui pourrait en faire autant aujourd’hui ?

Pour en savoir plus sur Cleo, allez jeter un oeil sur leur site officiel ici.

 
 

le dramaturge Sean O’Casey qui porte son pull aran à l’envers

Pane - Le tueur de GAT Margiela ?

Note : À notre demande, Pane ont accepté de nous envoyer les baskets que vous allez découvrir dans cet article

Lancée en 2022, Pane est une marque chinoise dont le concept mêle des inspirations « olympiques » et « grecques » à un esprit rétro et vintage. Son slogan est “BEHAVE AS MORTALS”.

Pane est régulièrement mise en avant sur Instagram et suscite beaucoup de curiosité. Nous n’avions d’ailleurs jamais reçu autant de questions après avoir publié quelques photos teasing de cet article. Comme beaucoup d’entre vous, nous avons découvert la marque via les réseaux sociaux, avant de réaliser qu’elle était encore très peu distribuée hors d’Asie.
L’ouverture récente de son site officiel marque une première étape vers une distribution plus directe.

La marque a également attiré l’attention d’acteurs établis : elle a notamment collaboré avec United Arrows et apparaît dans certains lookbooks récents comme celui de Casatlantic — signes d’une reconnaissance qui dépasse désormais les seuls réseaux sociaux.

 

CASATLANTIC - COLLECTION AUTOMNE HIVER 2025 - LE MANNEQUIN (Leon Cerrone) PORTE DES PANE

 

La German Army Trainer (GAT)

Pane propose plusieurs modèles. Le plus connu est la Light Training Nogi, directement issue de la German Army Trainer (GAT), célèbre basket militaire allemande qui était destinée à l’entraînement quotidien des soldats. Le modèle originel est facilement reconnaissable avec sa tige (dessus de la chaussure) en cuir lisse et le bout « T-toe » en cuir suédé – le tout monté sur une semelle en gomme vulcanisée antidérapante.

L’origine exacte des GAT reste difficile à établir. Dès les années 1930, l’entreprise Dassler — fondée par les frères Adolf et Rudolf Dassler, futurs créateurs d’Adidas et de Puma — produisait déjà des chaussures destinées à un usage militaire. Les GAT, telles qu’on les connaît aujourd’hui, apparaissent toutefois dans les années 1970.

Les archives ne permettent pas de trancher clairement : certains documents évoquent une première production par Puma, d’autres par Adidas, et certaines sources suggèrent un design défini directement par l’armée allemande. Aucune marque n’ayant jamais revendiqué la paternité exclusive du modèle, le modèle n’a fait l’objet d’aucun brevet et est rapidement entrée dans le domaine public.

Après la chute du mur en 1989, un immense surplus de GAT a envahit le marché civil. Les anciens modèles, vendus l’équivalent de quelques dizaines d’euros, séduisent les adolescents. C’est le point de départ d’un véritable engouement. Le phénomène s’amplifie lorsque Martin Margiela réutilise des paires de GAT usagées pour sa collection Replica printemps-été 1999.

Light Training Nogi - UNE FORME RÉUSSIE

Sur les forums anglophones comme Reddit (r/goodyearwelt, r/sneakers), les discussions tournent presque toujours autour de la comparaison avec les Margiela. Pane y est souvent présenté comme l’alternative rationnelle. Les utilisateurs évoquent la loi des rendements décroissants : si la Pane offre 90 % de la qualité d’une Margiela pour seulement 30 % du prix, elle devient le choix logique pour ceux qui n’ont pas besoin du logo.

Notre avis ?

Parlons tout d’abord de la forme. C’est à notre sens le point fort des Pane, tout comme les différents designs proposés.

 

UNE PAIRE DE GAT PROVENANT DE CHEZ ÉPISODE VS PANE

 

Le défaut majeur des GAT originelles de la Bundeswehr était leur étroitesse et un "coup de pied" très bas, ce qui pouvait se révéler inconfortable selon la forme du pied et la durée de port.

Le profil de la Pane conserve la silhouette effilée que l’on aime beaucoup, mais ajoute du volume vertical au niveau du milieu du pied. C'est une modification subtile mais qui ajoute du confort tout en distinguant Pane des répliques plus entrée de gamme qui à notre avis ont souvent l'air "pataudes" ou trop rondes. On pense notamment aux GAT de Universel Surplus.

 
 

Le cuir lisse nous laisse par contre une impression mitigée. S'il n'atteint pas les standards de qualité dont on parle habituellement sur le site — une différence logique vu le tarif —, il déçoit par son aspect très couvert, presque plastifié. On se rapproche ici davantage d'un rendu industriel standardisé que de la main naturelle d'une réédition haut de gamme.
Une ressenti sans doute aussi renforcé par l’absence - volontaire, c’est un modèle très léger et souple - de doublure intérieure en cuir.

La version en cuir suédé nous a davantage convaincus. Sans surprise, pourrait-on dire, car ce type de cuir offre souvent un rendu plus naturel, et ce indépendamment de la qualité de la peau utilisée, de la croûte de cuir au velours pleine fleur.

Rien à voir, mais on tenait à préciser qu’on aime beaucoup les lacets de la version en cuir suédé. Plus plats, plus souples.

 
 

Quelques mots sur la semelle. La semelle extérieur d’abord. Plus molle et flexible que celles des GAT originelles, elle est, à l’instar de ces dernières, collée à la tige sans coutures.

La semelle intérieur ensuite. Vous remarquerez immédiatement son épaisseur. Très confortable, elle offre un amorti dynamique — presque déroutant au début tant elle rebondit — qui finit par se tasser légèrement pour prendre l'empreinte du pied au fil des ports.

Mais pour ceux qui souhaite mettre leur propres semelles, elles sont amovibles même si le bout est (très légèrement) collé sur le devant.

On remarque d’ailleurs sous ces semelles amovibles Ortholite une semelle intercalaire en liège très appréciable.

Terminons par la logistique, qui s'est révélée être une excellente surprise. L'envoi a été particulièrement rapide, bien plus que ce à quoi nous nous attendions. Autre point rassurant pour une commande internationale : nous n'avons eu aucun frais de douane à régler à la réception.

À l'ouverture du colis, l'expérience client monte clairement d'un cran. On est immédiatement impressionné par le packaging, vraiment à la hauteur du positionnement de la marque. Les chaussures sont emballées avec un soin méticuleux, protégées individuellement. Petit détail qui renforce cette impression de produit "immaculé" : un film plastique recouvre la semelle extérieure. Si cela garantit une propreté clinique à la réception, on peut toutefois s'interroger sur la nécessité écologique de cet ajout plastique supplémentaire.

Reste la question la plus importante, comment ça taille ? Étant donné l’épaisseur importante des semelles intérieures, on dirait qu’il faille porter pour au moins une demi pointure au-dessus de votre taille normale.

Notre conseil ? Prenez la taille du dessus pour plus de confort.

Le site officiel est visible ici.

 
 

Vente d'une partie de la collection personnelle de Doug Bihlmaier - Le « Pape du Vintage » vide son grenier

J'ai vu un article du New York Times qui devrait passionner tous les aficionados de la mode masculine et du vintage.

Le sujet ? La mise en vente très attendue de la collection personnelle de Doug Bihlmaier.

Doug Bihlmaier, 72 ans, a longtemps été l’acheteur de vintage pour Ralph Lauren. Pendant près de quarante ans, il a parcouru le monde pour trouver des pièces rares, contribuant directement à l’identité de Double RL. Beaucoup le considèrent comme la personne qui a façonné l’esthétique Americana telle qu’on la voit aujourd’hui.

Resté discret pendant une grande partie de sa carrière, il est devenu une figure de style reconnue sur les réseaux sociaux. Son goût pour les silhouettes amples, les mélanges d’époques et les superpositions a renforcé son statut d’icône. On compare souvent son approche au « sprezzatura », mais transposée au workwear américain.

Une partie de sa collection personnelle sera mise en vente à partir du 13 décembre sur Collectors Gene, le site géré par son ami Cameron Steiner. Plus d’une centaine de pièces seront proposées : workwear ancien, denim, flanelles, vêtements militaires, accessoires et bottes. La plupart sont des pièces rares, souvent en tailles généreuses, accumulées au fil des décennies.

Les prix seront élevés, en raison de la rareté et de l’histoire de chaque article. Parmi les exemples cités : une veste de chasse en velours côtelé réparée à 1 200 $, des vestes en tweed des années 80 à partir de 1 250 $, des chemises de travail du début du XXᵉ siècle à partir de 550 $, ou encore un pull Double RL du début des années 1990 pouvant atteindre 1 850 $.

Ces pièces devraient facilement trouver preneur.

En attendant vous pouvez également (re)visionner son interview sur Youtube, ici Doug Bihlmaier x Collectors Gene Radio.

Promotions de Noël - Nos bonnes affaires

Nous avons concentré nos recherches sur le site Allemand Cultizm (Code XMAS25 lors du paiement), y dénichant de très belles affaires et des réductions exceptionnelles sur des marques qui sont rarement soldées. :

Le pull traditionnel Islandais : le Lopapeysa

Note : Arte vient de remettre en ligne sur Youtube le documentaire Islande : le tricot, une affaire d'hommes dont nous avions déjà fait un résumé. Vous trouverez le documentaire en question en fin d’article.

L'histoire du vêtement est souvent tissée de légendes, et la lopapeysa ne fait pas exception. Une anecdote tenace lie l'origine du mot islandais peysa (pull-over) aux marins français du XIXe siècle.

Entre 1850 et 1914, les goélettes françaises étaient légion dans les eaux islandaises, particulièrement dans les fjords de l'Est. La légende raconte que ces marins, en voyant les locaux vêtus de laine, les désignaient du doigt en s'exclamant « Paysan ! ». Les Islandais, par glissement phonétique, auraient adopté ce terme pour désigner le vêtement lui-même.

Bien que cette narration soit séduisante pour l'imaginaire collectif et renforce les liens historiques entre nos deux nations, la réalité philologique est probablement plus pragmatique. Les linguistes s'accordent davantage sur une origine germanique ou néerlandaise, dérivée du terme pije désignant une veste en laine grossière.

Pour comprendre le produit fini, il est impératif de revenir à la matière première. La laine islandaise n'est pas tout à fait une laine comme les autres. Contrairement aux races continentales standardisées pour la douceur ou le rendement, le mouton islandais a gardé une toison à double couche.

CAPTURE ECRAN ARTE Islande : le tricot, une affaire d'hommes

La Dualité du Tog et du Þel

La structure de cette toison repose sur une dichotomie fondamentale :

  • Le Tog (la Jarre) : Il s'agit de la couche extérieure. Composée de poils longs, robustes et brillants, elle agit comme une armure contre les éléments. Hydrofuge, elle permet à l'animal de survivre sous la pluie battante et la neige fondue des fjords. Dans le vêtement, c'est cette fibre qui confère au pull islandais sa résistance à l'abrasion et sa capacité à repousser l'eau.

  • Le Þel : C'est la couche intérieure, le duvet. Fine, douce et hautement isolante, elle piège l'air chaud contre la peau de l'animal. C'est l'âme thermique du pull, celle qui garantit la chaleur même par températures négatives.

L'art du filage islandais traditionnel réside dans l'équilibre savant entre ces deux composantes. Trop de tog, et le pull devient une cotte de mailles rêche et inconfortable ; trop de þel, et il perd sa tenue et sa résistance aux intempéries.

À titre de compariaosn, le mouton Mérinos ne produit quasiment que du duvet (thel). Car l'histoire du mouton Mérinos est celle d'une obsession génétique : faire disparaître le poil de garde (le fameux 'Tog' islandais). Alors que le mouton islandais a conservé cette armure primitive contre la pluie, les éleveurs australiens ont passé deux siècles à sélectionner des bêtes dont le poil dur s'est affiné jusqu'à devenir un duvet uniforme. C'est ce qui rend le Mérinos infiniment plus doux, mais aussi beaucoup plus vulnérable aux éléments.

CAPTURE ECRAN ARTE Islande : le tricot, une affaire d'hommes

CAPTURE ECRAN ARTE Islande : le tricot, une affaire d'hommes

Istex et la Mondialisation de la Toison

Dans le paysage lainier islandais, Istex (Ístex hf.) n'est pas simplement une entreprise, c'est une institution quasi-monopolistique qui régule le flux vital de la toison nationale.

Les chiffres révélés par le documentaire sont vertigineux et témoignent d'une centralisation absolue. Istex traite environ 99 % de la laine tondue en Islande. Cela signifie que virtuellement chaque écheveau de Lopi vendu sur la planète provient de leurs usines. Avec une capacité de production dépassant les 900 tonnes annuelles 1, l'entreprise a réussi le tour de force de transformer une ressource agricole locale en un produit d'exportation mondialisé.

Istex a structuré son offre autour de standards devenus universels pour les tricoteurs :

  • Léttlopí : Un fil "poids moyen", le plus populaire pour les pulls qui se veulent portables en intérieur comme en extérieur.

  • Álafosslopi : Le grand frère, épais et volumineux, destiné aux vêtements de grand froid. Son nom tire son origine de la cascade historique Álafoss, lieu de naissance de l'industrie lainière islandaise en 1896, aujourd'hui transformé en boutique-musée que les pèlerins du tricot visitent comme un sanctuaire, à Mosfellsbær, à 15 minutes de Reykjavik.

  • Plötulopi : Une spécificité technique fascinante – il s'agit d'une laine non filée, vendue en "galettes". Très fragile à travailler, elle offre une légèreté et un moelleux incomparables une fois tricotée, car la fibre n'a pas été compressée par la torsion.

CAPTURE ECRAN ARTE Islande : le tricot, une affaire d'hommes


La Résistance : Uppspuni Mini Mill et la Révolution du "Slow Yarn"

Face à ce colosse, une alternative existe. Elle se trouve dans le sud de l'Islande, près de la petite ville de Hella. C'est là, à Uppspuni Mini Mill (aussi appelé Spuni), que Hulda Brynjólfsdóttir et Tyrfingur Sveinsson ont décidé de faire sécession avec le modèle dominant.

L'approche d'Uppspuni est l'antithèse d'Istex. Au lieu de centraliser, ils ont créé une "Mini Mill" – une micro-filature capable de traiter de petits lots, souvent issus de leur propre troupeau ou de ceux des fermes voisines.

La différence fondamentale réside dans le respect de l'intégrité chimique de la fibre. Contrairement aux processus industriels qui décapent la laine ("scouring") pour faciliter la teinture uniforme, Spuni met un point d'honneur à préserver la lanoline naturelle.

Cette décision a des conséquences concrètes sur le vêtement :

  1. Hydrophobie accrue : La lanoline étant une graisse, elle repousse naturellement l'eau et la saleté.

  2. Toucher et Main : Le fil est plus "gras", plus vivant, avec une odeur caractéristique qui atteste de son origine animale.

Loin de se contenter de reproduire le passé, Spuni innove dans la nomenclature et la typologie de ses fils, ancrant sa production dans le folklore local. Leurs créations portent des noms évocateurs qui sont autant d'hommages à la culture immatérielle de l'île :

  • Hulduband : Le "fil de Hulda", mais aussi un jeu de mots sur les Huldufólk, le "peuple caché" des légendes islandaises.

  • Tröllaband : Le "fil de troll", robuste et épais, évoquant la force brute des créatures de pierre.

  • Dvergaband : Le "fil de nain", plus fin et précis.

  • Tindabandið : Un fil spécifiquement conçu pour les châles, démontrant une spécialisation technique pointue.

CAPTURE ECRAN ARTE Islande : le tricot, une affaire d'hommes

CAPTURE ECRAN ARTE Islande : le tricot, une affaire d'hommes


Hespuhúsið et la Renaissance de la Teinture Végétale


Si Spuni sauve la texture, Hespuhúsið sauve la couleur. Son nom signifie poétiquement "La Maison des Échevaux".

Le Sanctuaire de la Couleur Naturelle

Situé stratégiquement sur la route entre Reykjavik et Selfoss, l'atelier de Guðrún est un lieu de pèlerinage pour les esthètes. Ici, la chimie lourde est bannie.

La démarche est celle d'une naturaliste. Guðrún parcourt la lande islandaise pour récolter les ingrédients de ses teintures : lichens, racines de rhubarbe sauvage, feuilles de bouleau, fleurs des champs volcaniques.

L'impact esthétique est immédiat et profond. Les couleurs obtenues possèdent une complexité vibratoire unique. Un jaune obtenu à partir de plantes locales ne sera jamais uniforme ; il portera en lui des nuances d'ocre, de vert pâle, de brun, variant selon la saison de récolte et la qualité de l'eau.

  • L'Harmonie Chromatique : Les couleurs végétales ont cette propriété rare de s'accorder toutes entre elles. Puisqu'elles proviennent du même spectre biologique et du même terroir, un pull tricoté avec ces laines s'intègre visuellement dans le paysage islandais. Il n'est pas une tache de couleur artificielle posée sur la nature, mais une extension de celle-ci.

L'Industrialisation "Locale" : Le Cas Kitka (Kidka) et l'Illusion du Fait-Main

Entre l'artisanat radical et la délocalisation massive, il existe une "voie du milieu" incarnée par l'entreprise Kidka (souvent orthographiée Kitka) Basée dans le nord du pays, cette manufacture familiale tente de résoudre l'équation impossible : comment satisfaire la demande gargantuesque du tourisme de masse tout en restant "Made in Iceland"?

CAPTURE ECRAN ARTE Islande : le tricot, une affaire d'hommes

La Mécanisation du Motif Jacquard

Kidka a fait le choix assumé de la machine. Face à l'impossibilité physique de tricoter à la main des centaines de milliers de pulls, l'entreprise utilise des tricoteuses industrielles programmables pour reproduire les fameux motifs circulaires.

Bien que mécanisée, la démarche conserve une certaine noblesse par rapport aux productions chinoises :

  1. Ancrage Local : La production reste sur le sol islandais, maintenant des emplois qualifiés dans le nord du pays.

  2. Design Original : Kidka crée ses propres motifs, inspirés par les éléments naturels (volcans, nuages, oiseaux) et les symboles scandinaves (trèfle à quatre feuilles), évitant la simple copie servile.

Un pull tricoté à la machine est souvent plus raide et "plat" qu'un tricot main. Pour compenser ce défaut et donner au produit ce toucher moelleux tant recherché par les touristes, Kidka utilise une technique dont on a déjà parlé à maintes reprises : le brossage aux chardons.

Des rouleaux équipés d'épines de chardons importés d'Espagne sont utilisés pour gratter délicatement la surface de la maille.

Cette technique a un double avantage :

  • Aspect Visuel : Elle fait ressortir le duvet, donnant l'illusion d'une laine plus "aérienne".

  • Toucher : Elle adoucit considérablement la fibre brute, rendant le pull immédiatement confortable sans attendre les années de port nécessaires à l'assouplissement naturel d'un Lopapeysa traditionnel.

C'est un compromis industriel brillant : on offre au consommateur le confort et l'esthétique du traditionnel, au prix d'une production mécanisée. Pour l'acheteur qui cherche un souvenir "Made in Iceland" à un prix intermédiaire, sans l'exigence absolue du fait-main, c'est une option honnête.

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Le Gardien du Temple : L'Association des Tricoteuses d'Islande

Pour le gentleman qui ne transige pas, pour celui qui considère que le vêtement doit avoir une âme, une seule entité fait autorité : l'Handprónasamband Íslands : https://handknitted.is/.

Fondée en 1977, à une époque où le tourisme n'était qu'un frémissement, cette organisation est née d'un réflexe de survie culturelle. Elle fédère aujourd'hui environ 800 tricoteurs et tricoteuses (la majorité étant des femmes, souvent agricultrices ou retraitées) à travers l'île.

Leur boutique principale, située rue Skólavörðustígur à Reykjavik, est le dernier bastion de l'authenticité absolue. Ici, la règle est inviolable :

  • 100 % Laine Islandaise.

  • 100 % Tricoté à la Main.

  • 100 % Fabriqué en Islande.

L'Association a mis en place un système de certification simple mais infalsifiable. Chaque pull porte une étiquette mentionnant le nom de la tricoteuse et l'année de fabrication. Ce détail change tout. Il transforme une transaction commerciale en une relation humaine. Vous n'achetez pas un modèle de série, vous achetez le temps, la patience et le savoir-faire de "Helga" ou de "Birna".

Le reportage souligne la dimension sociale cruciale de cette association. Pour beaucoup de femmes vivant dans des fermes isolées, le tricot est une source de revenus complémentaire indispensable. En achetant un pull de l'Association (comptez entre 250 € et 450 €), vous injectez directement de la valeur dans l'économie rurale islandaise, sans intermédiaires prédateurs. C'est l'acte d'achat le plus militant et le plus élégant qu'un visiteur puisse faire.

CAPTURE ECRAN ARTE Islande : le tricot, une affaire d'hommes

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Pour conclure ce dossier

  • Si vous cherchez un vêtement technique pour affronter le froid sans vous soucier de l'histoire, un pull Kidka fera l'affaire honnêtement.

  • Si vous voulez posséder une pièce d'histoire, un artefact culturel qui soutient une communauté vivante, dirigez-vous sans hésiter vers l'Handprónasamband Íslands : https://handknitted.is/.

Anglo-Italian à Parme - Lookbook AW25

Nous publions cette série en tant qu’archive, pour ceux qui souhaiteront y revenir dans quelques années.
La collection est photographiée à Parme, au Palazzo Tirelli, un palais du XVIIᵉ siècle.

On la garde ici parce qu’on la trouve réussie, et qu’elle vieillira sans doute très bien.

Comment prolonger la durée de vie de son pantalon

Pour faire écho à notre récent article sur les bas à revers où nous évoquions une astuce de tailleur consistant à "piocher" dans le surplus de tissu du bas revers pour réparer une usure à l'entrejambe, il est intéressant de regarder le dernier reportage de l'émission Le Monde de Jamy.

Ce documentaire, qui compare la mode d'hier à la "fast-fashion" actuelle, met en lumière deux techniques de couture autrefois courantes, destinées à prolonger la durée de vie des pantalons.

Le renfort d'entrejambe

Comme le détaille le reportage, les pantalons des années 1920 intégraient systématiquement une pièce de tissu supplémentaire au niveau de l'entrejambe. Ce renfort d'entrejambe (ou parfois appelé "saddle piece" dans le jargon des tailleurs anglophones), cet ajout technique avait pour fonction de consolider la zone la plus exposée aux frottements lors de la marche.

Ce procédé permettait de limiter l'usure prématurée du tissu et d'éviter les déchirures, un problème fréquent sur les confections modernes moins robustes.

 

renfort d'entrejambe - capture ecran le monde de jamy

 

La réserve de tissu boutonnée

Le second détail technique relevé concerne la finition du bas de jambe. Contrairement aux ourlets contemporains où le surplus de tissu est souvent coupé, les tailleurs conservaient autrefois une longueur importante de matière à l'intérieur du pantalon. Cette réserve n'était pas cousue mais maintenue par des boutons. Ce système amovible offrait un avantage pratique majeur : il permettait d'ajuster facilement la longueur de la jambe.

Le vêtement pouvait ainsi être rallongé pour s'adapter à un changement de morphologie ou être transmis à une autre personne, favorisant ainsi sa réutilisation sur le long terme.

 

ourlet avec surplu de tissu - capture ecran le monde de jamy

 

Les pinces et l'adaptation morphologique

Le reportage souligne également le rôle crucial des pinces (plis d'aisance) situées à la taille. Au-delà du style, ces réserves de tissu répondaient à une logique d'adaptabilité. Comme le rappelle l'émission, la morphologie évolue au cours d'une vie : on peut maigrir ou grossir. Les pinces offrent alors plus facilement le volume nécessaire pour faire des retouches.

Bien entendu, un pantalon qui n’a pas de pinces peut également faire l’objet de retouches, mais il faut dans ce cas de bonnes valeurs de coutures.

La vidéo en question est visible ici :

Norlender - Une référence en matière de pulls norvégiens

Note : À notre demande, Norlender ont gentiment accepté de nous envoyer le pull que vous allez découvrir dans cet article

Norlender

Le pull Norvégien motif 3 lices

On a déjà parlé (succinctement) des pulls norvégiens sur le blog - voir ici : Qu’est ce qu’un pull Norvégien et Norlender, fabricant historique de pulls Norvégiens.

Toute discussion sérieuse sur l'histoire du tricot norvégien doit commencer par les travaux d'Annemor Sundbø, souvent surnommée la "détective du pull norvégien". Son apport ne provient pas uniquement de recherches documentaires. En 1983, Sundbø a acquis la "Torridal Tweed og Ulldynefabrikk", une usine de "shoddy" (recyclage de laine) en Norvège.

À l'intérieur de cette usine, elle a découvert ce qu'elle nomme un "rag pile" (un tas de chiffons) : des tonnes de vieux pulls, mitaines et sous-vêtements en laine destinés à être déchiquetés pour en faire de l’isolant. Ce tas de chiffons est devenu une source “archéologique” inestimable. En analysant ces milliers de fragments avant leur destruction, Sundbø a pu retracer l'évolution des motifs, des techniques de teinture et des habitudes de réparation sur plusieurs décennies.

Son ouvrage monumental, Norway’s Knitted Heritage: The History, Surprises, and Power of Traditional Nordic Sweater Patterns, est le résultat de cette recherche.

Sundbø démontre que les tricots norvégiens sont des répertoires de données culturelles. Ils enregistrent tout, des coutumes funéraires à la construction de la nation après les guerres napoléoniennes.

Bien que souvent utilisés de manière interchangeable, les termes "Islender" et "Lusekofte" désignent des pulls différents.

 
 

Le Lusekofte de Setesdal

Pour mieux comprendre le pull Svalbard de Norlender dont on va parler plus bas, on doit évoquer rapidement Lusekofte de Setesdal.

Historiquement associé à la vallée de Setesdal, le Lusekofte est un vêtement d'apparat, un marqueur de statut social. Avec ses broderies colorées (Løyesaum) et ses fermoirs en argent, il est conçu pour les cérémonies et le costume folklorique (bunad).

Il se caractérise par le motif "lice" (poux) — des points isolés de couleur contrastante

L'Islender

Contrairement à ce que son nom indique, l'Islender (le style dont s'inspire le Svalbard) ne vient pas nécessairement d'Islande. D'après les recherches de Laurann Gilbertson sur Norwegian Textile Letter, ce nom ferait référence aux routes commerciales de la 'Compagnie d'Islande' reliant les ports norvégiens aux îles Féroé au XIXe siècle.

C'est le vêtement de travail par excellence : aussi, à la différence des pulls Lusekofte de Setesdal ornés de broderies fragiles, l'Islender est strictement utilitaire. Son motif répétitif créé une double épaisseur de laine constante sur tout le corps, agissant comme une véritable armure thermique.

Le pull Svalbard de Norlender

J’ai pu essayer le modèle Svalbard de Norlender (lien ici), qui est typiquement un pull de type Islender. Il arbore un petit motif "triple Lusekofte" (“triple poux”) issu du pull Lusekofte vu plus haut.

Techniquement, il s'agit de petits motifs répétitifs.

 
 

Pourquoi trois motifs ? Dans une culture maritime imprégnée de superstition et de piété, le chiffre trois possède une résonance symbolique forte (la Trinité), souvent invoquée pour la protection en mer. Une autre explication probable et plus pragmatique réside dans la structure du tricot. Le regroupement de trois motifs permet de gérer les "flottés" (les fils courant à l'arrière de l'ouvrage) de manière optimale. Des flottés trop longs risquent de s’accrocher.

 

on peut distinguer les fils flottés sur l’envers du pull

 

C'est ce motif "triple lices" qui fut popularisé à l'international par des détaillants comme L.L. Bean entre 1965 et 1990, cimentant l'image du "Norwegian Fisherman Sweater" dans l'imaginaire collectif mondial avant que la production ne soit massivement délocalisée en Asie.

Le Svalbard de Norlender représente donc un retour à la source de cette icône vestimentaire. La laine, le fil et le tricotage : tout dans ce pull est 100 % norvégien.

La confection

Installée sur l'île d'Osterøy, berceau historique du textile norvégien, Norlender incarne une résilience industrielle rare.

L'histoire débute en 1927 dans des conditions épiques : faute de route carrossable, le fondateur Ola Tveiten dut hisser sa première machine à tricoter sur un traîneau à cheval pour l'installer dans le sous-sol de sa ferme de montagne.

D'abord baptisée "Svale Trikotasje" et dédiée aux sous-vêtements, l'entreprise a pivoté vers les pulls d'extérieur robustes après 1945. Aujourd'hui, alors que la majorité des marques mondiales ont délocalisé leur production, les troisième et quatrième générations de la famille Tveiten maintiennent l'activité sur leur fjord d'origine, faisant de Norlender l'un des derniers bastions du "Made in Norway".

Capture écran d’un reportage de TF1 sur les Fjords de Norvège qui comprenait une visite de la marque Norlender

Le pull est coupé cousu comme nos pulls marins en France.

Ainsi, contrairement au tricot "fully fashioned" (diminué), où chaque panneau est tricoté à la forme exacte — visible par les mailles convergentes aux emmanchures — le Svalbard est produit par la technique du panneau intégral.

De grands panneaux rectangulaires arborant le motif "triple lice" sont tricotés sur des machines rectilignes (flatbed), avant que les formes du corps et des manches ne soient découpées dans ces panneaux. Les bords coupés bruts sont sécurisés par une surjeteuse pour empêcher l'effilochage.

Ce procédé mécanise ainsi le "steeking" traditionnel norvégien qui consistait à tricoter à la main de manière circulaire puis à couper aux ciseaux l'ouverture des bras.

Il créé par la même des coutures intérieures épaisses et visibles qui, bien que moins raffinées que le remaillage, apportent sans aucun doute une rigidité structurelle essentielle.

Pour un pull de 900g, ces coutures agissent comme une armature, empêchant le lourd tricot de laine cardée de se déformer ou de s'allonger excessivement sous son propre poids au fil des années. Dit comme ça, cela peut sembler être un argument marketing de notre part pour justifier la méthode de fabrication “coupé-cousu". Mais il faut garder en tête que ces coutures sont réalisées avec un fil qui n'est pas élastique. Elles aident donc bien le pull à garder ses dimensions verticales, au regard se son poids. 

 
 

La Matière Première – de la Laine Norvégienne

Un pull n'est aussi bon que le fil qui le compose. Norlender Knitwear, bien qu'étant une usine de tricotage, ne file pas sa propre laine. L'entreprise repose sur un écosystème de filateurs et éleveurs situés sur la côte ouest de la Norvège, garantissant une traçabilité totale du produit.

La première impression est celle d’une pièce rustique, très épaisse et bien chaude, mais elle ne gratte pas autant que je l’avais imaginé. Ce n’est pas un hasard, ici, nous sommes sur une laine classée C1 par le standard norvégien Animalia.

Concrètement, cela signifie deux choses :

  • Une fibre épaisse (28-38 microns) : Bien que le micronnage soit élevé, le cardage introduit tellement d'air (loft) que la surface du pull est comme un nuage. Les fibres, au lieu de piquer la peau comme des aiguilles (ce que ferait une laine grossière peignée), se compriment et se plient grâce à leur élasticité naturelle. Le pull agit comme un coussin plutôt que comme une cotte de mailles.

  • La tonte d'automne (Høstull) : Contrairement à la laine de printemps qui a souffert de l'hiver à l'étable, la laine d'automne a poussé en plein air. Elle est propre, forte et gorgée de lanoline naturelle pour protéger le mouton des pluies. C'est cette matière première que le partenaire historique de la marque, Sandnes Garn (filateur norvégien fondé en 1888), prépare et lave en conservant ce caractère brut.

Cette signature olfactive signale la présence résiduelle de lanoline. Le processus de lavage chez Sandnes Garn est calibré pour nettoyer la laine sans la "décaper" chimiquement. La lanoline est la cire naturelle du mouton ; elle confère une déperlance naturelle et empêche la saleté de pénétrer la fibre.

Cette odeur nous a tout de suite rappelé celle de notre pull Le Tricoteur (dont nous avions parlé ici)

 
 

Comment on le porte ?

Un point essentiel avoir à en tête est son poids de presque 1kg. À titre de comparaison, un pull en cachemire standard pèse environ 300g. Le Svalbard est trois fois plus lourd. Il fonctionne comme un radiateur à accumulation, stockant la chaleur corporelle dans la structure frisée de la fibre.

Ce poids dicte quelque peu son usage. Ce n'est pas une couche intermédiaire (mid-layer) à porter sous une veste ajustée ; on pourrait presque le considérer comme une couche externe (outerwear). Historiquement, l'Islender se portait d’ailleurs par-dessus plusieurs couches de sous-vêtements, agissant comme la barrière finale contre le froid.

De notre côté on le porte simplement*, ici avec un jean de chez See Fan et des Paraboot x Arpenteur. On aurait pu ajouter un manteau ample à manches raglan mais le temps ne s’y prêtait pas ce jour là.

Le pull est disponible ici pour les personnes curieuses.

*Note : je porte une taille M.

 
 

Pantalon : avec ou sans revers ?

Un revers de pantalon (aussi appelé bas à revers) est une finition du bas du pantalon consistant à replier vers l’extérieur une portion du tissu, puis à la fixer par une couture.
Contrairement à l’ourlet classique — où la longueur excédentaire est repliée à l’intérieur — le revers laisse volontairement apparent ce repli de tissu.

Techniquement, il s’agit d’une bande horizontale, régulière, formée par le retour du tissu.
Sur un pantalon de costume, sa hauteur est généralement comprise entre 4 et 5 cm, parfois un peu plus sur les coupes italiennes ou les tissus épais.

Ce détail a plusieurs fonctions :

  • Fonction structurelle : le revers ajoute du poids au bas du pantalon, ce qui améliore la tenue, évite que le tissu flotte et aide à obtenir une ligne plus nette

  • Fonction esthétique : il crée un cadre visuel au bas de la jambe, renforçant l’allure classique du pantalon

  • Pratique : il offre une réserve de tissu utilisable en cas de réparation.


On le voit surtout sur les pantalons de costume, mais aussi sur certains chinos et sur des tissus plus lourds où il apporte un bon équilibre visuel.

 
 

Pour revenir sur le troisième point, un tailleur m’avait raconté une anecdote à ce sujet.

Il me disait qu’il faisait systématiquement un revers sur ses pantalons de costume, non pour le style, mais pour anticiper l’usure.
Quand le pantalon finissait par se trouer — généralement à l’entrejambe, là où les frottements sont les plus forts — il décousait simplement le revers et utilisait ce supplément de tissu pour renforcer ou refaire la zone abîmée.


Un moyen simple et malin de prolonger la durée de vie du pantalon.

Ce n’est pas un hasard si, autrefois, on conseillait presque toujours de faire deux pantalons pour un costume : le pantalon s’use beaucoup plus vite que la veste.

Le revers peut participer à cette même logique : prévoir un peu plus de matière pour faire durer la pièce.